Lorsque la détresse psychique est présente mais que l'idée de pousser la porte d'un cabinet de psychologie ne semble pas naturelle, l'idée de s'aider par soi-même peut advenir. A ce moment-là, le recours à des livres ou à l'écriture survient. Mais pourquoi ? Et quels sont les effets possibles ? Cet article va tenter de vous initier à ces techniques et vous expliquer en quoi elles peuvent être vécues comme des aides face à la détresse psychique.

L'écriture
Depuis bien longtemps, le lien entre écriture et santé mentale est discuté. Pour des personnes présentant des souffrances physiques, le recours à l'écriture permettrait de déposer ses difficultés et ainsi par la suite de diminuer le recours à des médications et de diminuer la tension artérielle. Au niveau de la souffrance psychique, l'écriture permettrait de prendre du recul et de ne pas être submergé par des émotions ou de l'anxiété, de diminuer le niveau de cortisol, d'atténuer les symptômes de dépression,... En écrivant, l'expérience de vie, aussi complexe soit-elle, prend forme et est déposée, ce qui peut donner l'impression d'être délesté d'un poids immense. La «writing cure » comme on l'appelle parfois, peut permettre de déposer sur une page blanche des ressentis qui ne peuvent parfois pas être exprimés tout haut, ni exprimé à autrui. Ils sont en quelque sorte le reflet de la santé mentale, dans ses aspects les plus sombres.
A ce titre, voici un témoignage d'une patiente que j'ai pu recueillir : « Ecrire m'aide énormément. Je dispose de plusieurs cahiers de notes, pour divers aspects de ma vie, qu'ils soient joyeux ou non. Lorsque je vais bien, j'aime l'écrire pour m'en souvenir. Lorsque je vais mal, j'écris pour déposer le fardeau de mon quotidien. Je peux déposer mes problèmes et envisager un mieux, même si cela ne transforme pas mon expérience sur le moment même. Mon esprit devient simplement plus clair et même si ce n'est pas immédiat, je sais que le brouillard sombre qui règne dans ma tête va s'estomper, peu à peu. Souvent, je ne relis pas mes écrits, mais je les conserve précieusement, car ils sont tout de même des marques de mes pérégrinations mentales... Il m'arrive également de m'écrire des lettres, à la moi-même d'il y a 1 an, 5 ans, 10 ans, ce n'est pas toujours un exercice aisé, mais cela me permet de prendre de la distance afin de me signaler noir sur blanc, que rien ne dure. »
Pour certains, l'écriture se transpose sur les réseaux sociaux, où l'on peut retrouver des comptes alimentés par des écrits qui mettent en exergue l'intensité de certaines souffrances psychiques. Mais l'écriture est bien souvent un outil personnel, qui permet de mettre en forme pensées et sentiments afin de viser à une meilleure compréhension de ses états mentaux, et à une conscientisation de ses expériences vécues. C'est en tout cas comme cela que l'écriture est souvent décrite par les patients qui me consultent et qui utilisent cet outil durant notre cheminement thérapeutique. L'écriture peut même être utilisée lors d'épisodes de joie, notamment via des carnets de gratitude, qui sont fortement utilisés dans les pays anglo-saxons et qui permettent, via le journaling, de conduire à un vécu du moment présent et à l'accomplissement d'objectifs via des visualisations positives du quotidien.
A ce titre, je recommande souvent en consultation, si l'envie peut advenir d'écrire pour se déposer, de ne pas choisir un format contraignant. En effet, si vous devez sortir à chaque fois un cahier bien spécifique, des bics de couleurs, des typographies spécifiques, l'impulsion d'écrire pourrait être chassée par la non envie de contraintes au moment T. Je conseille alors simplement de trouver un biais d'écriture qui vous convient : un joli cahier sans prétention à l'intérieur, des feuilles de blocs, le bloc notes de votre téléphone ou de votre ordinateur,... Tous les moyens sont bon pour trouver un outil qui vous correspond.
Si la papeterie est par contre une passion, je recommande ces divers cahiers qui peuvent être des sources inspirantes d'écriture, et qui peuvent se multiplier en fonction de vos facettes de vie (vie professionnelle, vie de parents, vie de couple,...) et être alors des supports de vos souvenirs, joyeux et moins joyeux :
La lecture
Ancienne libraire, je ne peux que me positionner envers l'importance des livres dans un cheminement de vie. En effet, la biblio-thérapie, ou thérapie par le livre, contribue, sans recourir à un professionnel de santé mentale, à retrouver des ressources en soi afin de se sentir mieux. En parlant de biblio-thérapie, on entend l'idée que le livre peut être un outil, un accompagnement qui va permettre à l'individu en questionnement de résoudre ses difficultés, ou du moins d'adopter un prisme différent sur la difficulté vécue et/ou ressentie. Certains individus s'orientent directement vers des livres, notamment de développement personnel, pour aller mieux. Mais les professionnels de santé peuvent également conseiller des lectures. Dans une thèse de 2009, divers statistiques ont été mises en exergue : 80% des médecins et professionnels de la santé ignorent ce qu'est la biblio-thérapie, mais 53% d'entre eux ont déjà conseillé un livre lors d'une consultation, et 73% d'entre eux s'accordent sur le fait que la lecture peut être un outil de soin.
Au niveau de la fiction, la lecture peut également conduire à se changer les idées, à adopter une vision décalée sur le monde qui nous entoure, et à s'en extraire le temps de quelques pages. En effet, une bulle peut se créer autour du lecteur, tout en se mettant dans une démarche de bienveillance envers soi-même, dans une relation au livre et à l'imaginaire, sans jugement. Bien que la lecture ne soit pas identique à une consultation psychologique, elle permet notamment de réduire le stress, d'améliorer son sommeil notamment si la lecture a lieu avant l'endormissement, de développer son intelligence émotionnelle, d'améliorer la mémoire et de diminuer les rechutes dépressives. A titre indicatif, la lecture était déjà utilisée suite à la première guerre mondiale, où aux Etats-Unis, elle était proposée aux anciens combattants afin de surmonter leurs traumatismes. Bien entendu, cela ne pouvait pas à lui seul être un accompagnement suffisant, mais il permettait de diminuer le niveau de stress, tout en se changeant les idées.
La lecture pouvant être une solution, même lorsque l'on n'aime pas lire. En effet, la biblio-thérapie créative, créée par l'autrice Régine Detambel, permet lors d'ateliers de lecture à voix haute, de profiter des bienfaits des livres, tout en les écoutant et en partageant les émotions, impressions et ressentis avec d'autres. Si la démarche sous forme d'ateliers à plusieurs ne vous satisfait pas, il existe également beaucoup de plateformes de lecture audio qui permettent, avec ou sans connexion internet, de se plonger dans beaucoup de livres.
Alors, prêt à envisager de vous laisser quelques minutes sur la semaine pour écrire et/ou lire ?
A bientôt au cabinet, Coleen Godart
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